Dimanche 25 mai 2008
«Il y a des histoires de sexe et des histoires d’amour, il suffit de construire une grande barrière entre les deux.»

Denis Robert, Le Bonheur.


La semaine dernière, j'ai décidé d'arrêter - au moins provisoirement - les sites de rencontres. J'en avais assez de me sentir prise au piège au troisième rendez-vous. D'avoir l'impression de devoir décider de m'engager (ou non) dans une relation après deux soirées dans un bar et un repas au restaurant. J'avais décidé de me reposer, de m'accorder un répit sentimental. C'est alors que j'ai reçu un e-mail de A. Un très bel homme, à en juger par sa photo. Il disait qu'il avait vu mon profil, qu'il avait envie de me connaître. J'ai poliment décliné son invitation: je ne me sentais pas prête à m'engager dans une relation sérieuse, je lui souhaitais bonne chance. Il m'a réécrit: ''En  réalité, je ne recherche pas non plus de relation sérieuse. J'aimerais avoir une amie sans attache et sans aucun compte à rendre''.

''
Une amie sans attache...''. Excluant le fait que ce soit un contre-sens total, le concept m'a accrochée. Je venais juste de perdre mon James, et S. était sur le point de devenir père de famille. Il était temps de faire rentrer les remplaçants sur le terrain! C'est ainsi que A. et moi nous sommes donnés rendez-vous dans un bar, après un échange (brûlant) de courriels (c'est normal: A. est pompier!).

La virée dans le bar a tourné court. À peine assis sur la banquette de cuir, A. m'a dit: ''Je m'excuse, je ne t'ai même pas dit bonjour...''. Ce faisant, il m'a attirée vers lui et m'a embrassée (note pour plus tard: j'ai embrassé 3 hommes différents dans la même semaine, j'en conclus donc que je suis une grosse traînée...). Entre quelques baisers, nous avons réussi à épargner un peu de salive pour résumer nos vies, histoire de brosser un portrait coloré de nos déchéances respectives. Suite à quoi, nous avons quitté le bar. Direction: mon lit.

***

Je suis parfois un peu crack-pot. Laisser entrer
un parfait inconnu dans mon appartement n'était sans doute pas très prudent, mais au moins, j'en étais consciente. C'est pourquoi j'avais dissimulé une bombe lacrymogène dans mon tiroir à chaussettes, au cas où le fantasme tournerait mal (quoique vu sa carrure, A. n'aurait sans doute eu besoin que d'un seul bras pour nous broyer, moi et mon push-push en ca-canne!). En prime, j'avais demandé à mon amie S. de téléphoner entre 22h30 et 23h00. Bref: tout ça pour dire que je suis crack-pot, mais pas trop...

Le pompier a un corps de... de pompier! C'est-à-dire un corps de rêve, bien trop parfait à mon goût. Il s'épile le torse, et je n'aime pas ça: j'aime les hommes, les vrais, mal dégrossis, les bûcherons quoi! Sans compter que les torses épilés, ça pique quand ça repousse... Le pompier est bien foutu, et il le sait. Lorsque qu'il me demande comment je le trouve, je lui réponds ''Pas trop mal...'', en jouant négligemment avec mes cheveux. Le pompier a des fantasmes de domination, ce qui tombe mal car je n'ai aucun fantasme de soumission. Le pompier est très directif. Je trouve la situation cocasse et finis par éclater de rire (
Un Homme Comme Les Autres, tu pourras peut-être éclairer ma chandelle, mais j'imagine que ça a dû égratigner son ego, le fait que je me marre en recevant un ordre, non?). Bref... Une baise étrange, pas nécessairement très bonne... Ceci dit, rendons à César ce qui est à César: le pompier, je lui décerne volontiers un cunni-award! (oups... ce blog devient pas mal chaud, ces derniers jours!).

***

Après l'amour la partie de jambes en l'air, nous nous allongeons l'un contre l'autre. Il me caresse la nuque. Je le serre dans mes bras (c'est ''mon'' pompier, après tout!). I
l m'embrasse tendrement. Tellement tendrement que je me demande si je n'ai pas affaire à un autre homme.

- Je vais devoir y aller.
- OK.
- Ça ne te dérange pas si je ne dors pas ici?
- Non.

En réalité, je suis bien contente qu'il s'en aille. Je suis même soulagée: avec ses fantasmes de domination, j'ai pensé plusieurs fois à ma bombe lacrymogène...

- Je suis content: on est vraiment sur la même longueur d'ondes toi et moi...


Oui. On est sur la même longueur d'ondes. N'empêche, mon loup, je me demande si je ne ferais pas mieux de changer de fréquence pour les semaines à venir...
Par Miss Gaby - Publié dans : Rencontres... - Communauté : Célibataires en chemin...
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Vendredi 23 mai 2008

Le 20 mai à 18:27

Salut Gaby,

J’ai lu sur ton profil que tu avais cassé ta raquette. Je peux te donner la mienne si tu veux.


Aujourd'hui à 00:11

Salut Ex,

Je trouve ça stupide, que tu me parles sur Facebook. Si tu veux me dire quelquechose, j'ai toujours le même numéro de téléphone et j'habite toujours à la même adresse.

Gaby

 
Aujourd'hui à 17:57

Ok. Je te donne des nouvelles bientôt. Je vais prendre tout mon courage et le faire. Tu me manques vraiment.

Par Miss Gaby - Publié dans : Ex - Communauté : Célibataires en chemin...
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Mercredi 21 mai 2008


Cette semaine, je ne suis pas là: c'est la semaine de l'incruste. Si vous me cherchez, vous me trouverez icitte
(comme on dit ''icitte'', justement...). Vous y apprendrez notamment comment nouer une robe de 15 manières différentes... En contrepartie, Rom va habiter sur ce blog pendant quelques jours. Je compte sur vous les filles pour le dorlotter! (Et lui rappeler de ramasser sa brosse à dents et ses chaussettes sales en repartant!...).



PS1: Si un jour vous perdez l'adresse du site de Rom et que vous oubliez qu'il est dans mes liens, vous pourrez toujours taper ''gémissement orgasmique'' dans Yahoo Search...

PS2: Lilith, tu vas devoir patienter un peu, mais je te promets une belle histoire de pompiers à mon retour!
Par Miss Gaby - Publié dans : Fourre-tout inclassable
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Dimanche 18 mai 2008
Je suis nerveuse. Ce soir, j'ai rendez-vous avec un homme que je ne connais pas. Nous avons convenu que ce serait uniquement sexuel. Que nous ne nous devrions rien. Ce qui inévitablement me ramène à S., que j'ai parfois évoqué dans ce blog mais que je n'ai pas beaucoup ''raconté''... Alors j'aimerais partager avec vous un texte (de fiction... mais pas tant que ça!) que j'ai écrit il y a déjà quelques années en pensant à S. Bonne lecture!


Il y a quelquechose qui m’échappe dans ma relation avec lui.

 

Sa manière de dissocier aussi distinctement l’acte sexuel du reste de nos rencontres m’affole. Il y a clairement un avant, un pendant et un après.

 

Avant, nous parlons peu, surtout moi. Je suis nerveuse, je transpire beaucoup. Je sens la chaleur sur ma poitrine, remonter jusqu’au cou. Aussi les tensions à l’intérieur de mon corps. Lui paraît plus décontracté. Sa désinvolture m’indispose.

 

Et puis le pendant commence. C’est toujours lui qui le déclenche. Invariablement il m’attire vers lui pour m’embrasser. Le pendant est le seul temps où nous nous embrassons. Nous nous déshabillons. Nous nous caressons un peu, jamais trop longtemps, même lorsque nous ne sommes pas limités par le temps. Ensuite, c’est l’entame d’une longue descente vers son pubis, parce qu’il faut faire les choses en ordre. Aussi, parce qu’il faut faire durer le pendant, et qu’à ce titre, je ne peux pas me jeter sur sa queue sans préliminaire.

 

J’aime le sucer. Sa queue est propre, longue et plus mince que celle de mon mari. Je prends plaisir à le regarder et à l’écouter gémir. Presque toujours lorsqu’il va jouir, ses caresses deviennent plus violentes. Il s’agrippe à mon corps, mes cheveux parfois. Ces simulacres de passion m’encouragent. J’aimerais pouvoir le sucer longtemps. Sa rapidité à venir me surprend toujours. C’est une qualité que je ne possède pas.

 

Une fois, j’ai continué à lui caresser la cuisse doucement, après qu’il ait éjaculé. J’étais heureuse du plaisir que je lui avais donné. Je ne m’en suis pas aperçue tout de suite. Peut-être que je me trompe, mais il me semble que cette caresse se situait déjà dans l’après, et dans l’après, il n’y a pas de caresse autorisée.

 

L’après m’affole. L’après est un questionnement. Je ne ressens aucune culpabilité, seulement une joie intense d’avoir transgressé les règles. Ce que j’aime de l’après : ne plus me sentir tout à coup ni épouse ni mère, mais plus femme et plus chienne que jamais, avec cette fierté d’avoir été désirée qui transparaît dans tout mon corps.

 

 

***

 

 

J’aime garder son odeur sur moi. Chaque fois, lorsque nous nous séparons, j’évite de me laver. Emprisonner l’autre avec moi sans qu’il ne le sache. C’est une obsession qui n’est pas nouvelle. Lorsque j’avais quatorze ans, j’ai connu L. pendant l’été. Le dernier jour des vacances, j’ai attrapé sa gomme avec ma langue pendant que nous nous embrassions. Je l’ai conservée jusqu’à l’été suivant dans un petit boîtier de plastique. Lorsque l’attente est devenue trop insupportable, j’ai ressorti mon trésor si précieux et je l’ai fourré dans ma bouche. Quand j’y repense, c’est dégueulasse. Ce soir-là, j’ai eu l’impression d’avoir L. avec moi et de sentir son odeur, le tabac Amsterdamer et le menthol.

 

Dans cet ordre d’idées, j’aimerais lui avouer mes secrets les plus vils, les plus dégradants. Mais il n’y a entre lui et moi aucune marque de complicité qui pourrait m’inciter à me livrer de la sorte.

 

 

***

 

 

Dans le métro, il m’arrive de dévisager les femmes et d’essayer de deviner avec lesquelles il pourrait prendre plaisir à coucher. Mes préjugés m’amusent et me surprennent parfois : je retiens toujours les femmes qui ne me ressemblent pas.

 

 

***

 

 

Je voudrais être un objet à sa disposition. Qu’il vienne me baiser lorsqu’il en a envie. Lui obéir. J’aime pressentir le potentiel de domination qu’il pourrait exercer sur moi s’il le décidait. Ce qui me stupéfie le plus, c’est mon absence d’amour propre.

 

Aussi, cette absence de sentiment. Avant de le rencontrer, je croyais qu’il me serait impossible, moralement et physiquement, d’envisager tout rapport avec quelqu’un pour qui je n’éprouverais rien. Je sais maintenant que c’est faux. Absence de sentiment aussi par rapport à mon mari, et qui se traduit par une indécente absence de honte.

 

 

***

 

 

Un Français sur cinq mène une double vie.

34,8% des femmes pensent qu'il peut y avoir un amour sans fidélité, contre 43,2% des hommes.

17,1% des femmes pensent que les infidélités passagères renforcent l'amour, contre 26,9% d'hommes.

42% des Français pensent qu'on peut être amoureux de deux personnes à la fois.

65% des Français préfèrent ne pas savoir que leur conjoint les trompe.

Parmi les Français infidèles, on compte 21% de commerçants, 15% de cadres, 16% d'employés.

 

Depuis que je le connais, je lis régulièrement les sondages des magazines : de plus en plus, je ressens un besoin pressant de me comparer à la société pour m’assurer de ma normalité.

 

 

***

 

 

Les journées où nous baisons, il m’arrive parfois de céder à une peur panique. Et si, à force de me faire baiser par lui, je cessais d’aimer mon mari ?

 

Pour cela, j’apprécie la clarté de son attitude et la transparence qu’il a donnée à notre relation. Il m’épargne ainsi ces soirées de tourmente, si typiquement féminine et douloureuse et vaine. Je lui suis reconnaissante de ne pas m’aimer.

 

 

***

 

 

Je ne crois pas que cette relation puisse durer. Notre mécanique sexuelle doit finir par se détraquer. Je sais qu’un jour il me baisera et que ce sera la dernière fois, qu’aucun de nous ne rappellera l’autre.

 

C’est ça que j’aime avec lui. Cette liberté à la fois triste et apaisante : nous avoir pour un temps et ne rien nous devoir.

Par Miss Gaby - Publié dans : S. - Communauté : Relations amoureuses
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Jeudi 15 mai 2008
Nous étions 72, issues de 36 nationalités, à prêter ce mardi allégeance à la Reine du Canada dans les bureaux de Citoyenneté et Immigration Canada.

Ma voisine de gauche s'appelle Manuela. Elle vient du Panama. Assis à ses côtés, ses trois fils. Du plus grand au plus petit, comme les Dalton. Devant moi, une femme blonde très mince aux cheveux immensément longs. Elle s'appelle Svetlana, elle vient de Russie. Elle est accompagnée par ses deux petites filles et par son mari canadien, qui n'a de cesse de la photographier. À droite, les Savouré, un couple de français. Ils ont deux enfants, E. et T., qui ne sont pas présents aujourd'hui... Je sais tout cela parce que depuis 8h15 ce matin, heure à laquelle nous avons été convoqués pour passer l'examen de citoyenneté, nous avons amplement eu le temps de faire connaissance. De nous raconter nos parcours, parfois burlesques, parfois tortueux, parfois difficiles. Mais aujourd'hui, nous voici tous réunis sur la même ligne d'arrivée: il est 11h30, et nous allons devenir canadiens.

***

Le Juge de Citoyenneté qui préside la cérémonie est visiblement anglophone. Cependant, il manie le français avec dextérité, jonglant alertement avec les deux langues. Un peu émue, je lève la main droite et prononce après lui le serment de citoyenneté en français:

''J'affirme solennellement que je serai fidèle et porterai sincère allégeance à Sa Majesté la Reine Elizabeth Deux, Reine du Canada, à ses héritiers et successeurs (miam! le prince William!!!), que j'observerai fidèlement les lois du Canada et que je remplirai loyalement mes obligations de citoyen canadien.''

Dans la foulée, je massacre aussi le-dit serment dans sa version anglaise (ça me tenait à coeur):

''I affirm zzzat I will be faissfoul and bear troue allegiance to Her Majesty Quouine Elizabeth the Second, Quouine of Canada...''

Après quoi, le Juge de Citoyenneté décerne à chacun son certificat de citoyenneté (il s'agit en fait d'une petite carte en plastique digne d'une carte de piscine, supposée remplacer notre carte de résidence permanente infalsifiable...) et nous remet un pin's en forme de feuille d'érable ainsi qu'un drapeau du Canada en plastique.

***

Il est 13h lorsque mon pin's, mon drapeau et moi sortons des bureaux de Citoyenneté et Immigration Canada. La rue Saint Jacques est belle et ensoleillée, et c'est en fredonnant ce petit air que je m'en retourne, le coeur léger, vers le métro:

''God keep our land glorious and free!
O Canada, we stand on guard for thee
O Canada, we stand on guard for theeeeeeeeeeeeeeeee!''

Par Miss Gaby - Publié dans : Fourre-tout inclassable - Communauté : Célibataires en chemin...
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Vendredi 9 mai 2008
Hier soir au téléphone, mon amie S. m'a demandé comment c'était, être amoureuse. À 28 ans, S. est engagée dans une relation pour la première fois de sa vie. Elle fréquente M. depuis maintenant 6 mois et se demande si elle l'aime. Je n'avais pas la réponse. Je lui ai envoyé ce très beau billet de Josée Blanchette:

Dans la pénombre du théâtre, elle m’a glissé dans l’oreille: “C’est comment être en amour?“. Elle aurait eu dix ans, j’aurais souri, mais une quarantenaire établie qui vous pose la question, ça donne un léger frisson et vous fait mieux mesurer votre chance. Ou votre disponibilité. Ou votre naïveté. Ou votre entêtement. Ou votre foi. Ou votre santé cardiaque.


- L’amour? Être en amour. Doux calvaire. L’avoir sous la peau, vouloir se l’arracher pour lui. Ne faire qu’un et en faire mille. Et avoir peur d’en faire trop, comme chante Moran. Être certaine que c’est LUI et s’en faire une obsession parfois tranquille, parfois houleuse. Porter cette boule au fond du plexus et soupirer, soupirer comme un coeur qui désire et chavire. Se répéter “Mais qu’est-ce que je vais faire avec toi?”. Mesurer chaque minute qui te sépare de ses bras, te regarder souffrir et y prendre un certain plaisir, se dire que l’exaltation des sens ne peut connaître meilleur ambassadeur, comprendre que la liberté est là, là, là, aux quatre points cardinaux de son épiderme sensible, dans tous les culs-de-sac de son âme et pas du tout où on la cherchait. L’éternité est en nous.”


“Et réaliser que tu peux l’emmener au Paradis ou en Enfer. Et lui aussi. Que tu disposes de ce pouvoir terrible. Et choisir le Paradis au mieux de ta connaissance. Et subir la tristesse, pour un mot, pour un silence, un oubli, un malentendu, un geste, porter cette chaîne qui te coupe les ailes à nouveau. Puis, l’entendre rire et te sentir plus légère. Le regarder pleurer et fondre avec lui. Lui donner les clés de soi, lui ouvrir tout ce qui est en soi, ce qu’on ignorait de soi, ce qu’on oubliait de soi avec tant de talent. Lui montrer l’étendue des massacres et des victoires. Le faire tien, dans ton récit, comme le guerrier d’exception qui vient rompre le cours de l’histoire et faire fuir les dragons maudits. Sans forcer, faire de même dans l’autre sens. Aller vers son récit, s’y établir. Poser ses bagages, enfin.”


“Être en amour, c’est aussi avoir le sentiment que le temps passe atrocement vite, qu’une vie n’y suffira pas, que chaque instant est si précieux qu’il ne faut pas laisser nos egos dans le chemin, qu’il ne faut plus répéter les erreurs de jeunesse, qu’il faut à tout prix réparer sur-le-champ, ne jamais se quitter sur un malentendu, ne pas se coucher fâchés, tendre la main le plus souvent possible. Compagnons de route sur la carte du Tendre.”


“Et aussi, ça vient avec l’insomnie. On dort peu quand on aime. Les endorphines, sûrement. Et lire de la poésie la nuit, c’est ce qui se rapproche le plus de faire l’amour. Parfois même on écrit pour faire chavirer le jour: His eyes telling you all / The impatience of his taking.”

Par Miss Gaby - Publié dans : Fourre-tout inclassable - Communauté : Relations amoureuses
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Jeudi 8 mai 2008

Depuis son aventure avec Fabienne, il y a 9 ans, j'ai fait ce rêve mille fois. Je suis debout, devant eux, je les regarde. Il lui fait l'amour. Toujours mieux, toujours plus intensément qu'à moi. Dans le rêve, je suis écartelée, pétrifiée par la rage qui me gonfle. À chaque fois, je me réveille en sueur, incapable de me rendormir, avec cette envie incontrôlable de lui faire mal. Physiquement. De le gifler, de le frapper, de le crever. S'il était là, à portée de main, je pourrais lui faire mal. Vraiment.

***

C'est un mauvais rêve, vieux d'une décennie, que je ne réussis pas à à maîtriser. Ce matin encore, je me suis levée ivre de colère, quasi-hystérique, consumée par la rage. Serai-je un jour capable de lâcher prise? De tourner la page? Je téléphone à mon amie S. ''Tu dépenses de l'énergie négative!'' martèle-t-elle à l'autre bout de la ligne, en mâchouillant un croissant Pillsbury. Je sais. Mais à donner le change en public à longueur de journée, je ne contrôle plus mes nuits. Et le soir venu, ce sont toujours les mêmes questions qui m'assaillent: pourquoi ce silence, cette absence d'explications? ''Tu es en train de vivre un deuil. C'est normal de vouloir le détester: ça fait partie du processus. Mais tu dois passer à autre chose. À des choses positives. Trouver de nouveaux défis. Pour toi.'', conseille S. Et elle a raison. Apaisée, je raccroche. On a parfois besoin de se faire expliquer sa propre vie par les autres pour mieux la comprendre...
Par Miss Gaby - Publié dans : Ex - Communauté : Célibataires en chemin...
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Dimanche 4 mai 2008
Ce qui m'a plu, avec L., c'est qu'il ne m'a pas donné rendez-vous dans un bar: il m'a invitée à faire une promenade sur le Mont-Royal.

Nous parlons en français, en anglais. Parfois en espagnol. La conversation n'est pourtant jamais décousue. Il me raconte cette rencontre déterminante, ce contrat de travail inespéré en Amérique du Nord, comment il a quitté La Havane huit ans plus tôt. Nous sommes sur la terrasse du Chalet, et Montréal s'étend à nos pieds. Le soleil s'est couché, mais la nuit n'est pas encore tombée. C'est un moment suspendu, un moment agréable. Lentement, nous redescendons vers la ville à travers les sentiers. Devant le gazebo de la rue Parc, L. s'arrête: ''Veux-tu danser?'' demande-t-il.

Et c'est comme ça qu'un soir de mai, à la tombée de la nuit, j'ai dansé avec L. sous le gazebo du Mont-Royal...

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Mercredi 30 avril 2008
Depuis quelques temps, je flâne sur un site de rencontres par Internet. Je n'y vais pas très souvent. Je trouve que cela manque de charme. Une sorte d'hypermarché de l'amour. N'empêche qu'hier soir, j'avais rendez-vous avec F.

F. m'a écrit pour la première fois le 13 février dernier. Il voulait être mon Valentin. Un Valentin virtuel certes, mais un Valentin quand même... J'ai trouvé ça romantique. Je lui ai répondu. Il écrivait bien. En photo, il n'était ni beau ni laid, juste normal. Il avait un baccalauréat et travaillait en gestion d'affaires. Les échanges de courriels ont duré quelques semaines: il disait qu'il me trouvait belle, qu'il avait des papillons dans le ventre lorsqu'il regardait mes photos. Je trouvais ça charmant, mais je demeurais tout de même sur mes gardes. Et puis, un jour, F. a cessé d'écrire.


Une semaine après mon retour de Cuba, je l'ai relancé. De l'absence de réponse, j'ai conclu qu'il avait rencontré quelqu'un d'autre. J'ai jeté messages et photos. Je n'étais ni triste ni déçue. Je m'en foutais: F. n'existait pas dans mon monde réel. La semaine dernière, j'ai reçu un courriel. Il voulait me rencontrer. J'aurais pu refuser, lui faire payer son silence. J'ai dit oui.

Nous nous sommes donnés rendez-vous dans un bar de la rue Fairmount. Je ne suis pas  physionomiste, j'avais peur de ne pas le reconnaître. Il est arrivé par l'est, moi par l'ouest. Nous sommes arrivés au même moment. En le voyant, j'ai cru mourir: il était beau, incroyablement beau. Je me suis dit que c'était perdu d'avance. Que jamais ce garçon ne me regarderait.

***

21h. Dieu que ce garçon est refraîchissant! Cela fait deux heures que je parle avec lui, et je n'arrive toujours pas à déterminer s'il est stupide, très stupide, ou terriblement stressé.

- C'est quoi le plat le plus bizarre que tu aies mangé? demande F.
- Heu... Je sais pas. Des oursins peut-être?
- Des oursons? Je ne savais pas que ça se mangeait.
- Non, pas des oursons... Des oursins!
- ...
- Ça ressemble à des petites boules noires avec des piquants. Ça vit dans la mer...
- Comme des hérissons?
- Oui, c'est ça: des hérissons. Des hérissons de mer.

Plus tard...

- Tu es droitière ou gaucherte?
- Pardon?
- J'ai vu que tu tenais ton verre de la main gauche. Tu es gaucherte?
- Heu... Oui, je suis ''gaucherte''!

Encore plus tard...

- En Malaisie, les gens sont très religieux. Ce sont des islamistes. Ou des musulmans, je ne sais plus.
- ...

Un instant, j'ai pensé à m'enfuir du restaurant. Finalement, j'ai choisi de rester. À la fin du repas, je n'avais toujours pas réussi à déterminer si F. était stupide ou simplement stressé. Mais ce qui est certain, c'est que ce garçon m'a fait rire pendant tout le repas. Et ça, ça lui donne droit à une deuxième chance...
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Jeudi 24 avril 2008
En ce moment, j'ai des coups de blues assez fréquents. Je peux me mettre à pleurer soudainement et ne pas être capable de m'arrêter avant des heures.

Je pleure quand je remplis un formulaire d'inscription dans une agence de voyage, et que je m'aperçois avec horreur que je n'ai pas de ''in case of emergency person'' sur ce continent (en désespoir de cause, je note fébrilement le nom et l'adresse de la secrétaire de mon patron). Je pleure quand je me couche en réalisant que, dans un rayon de huit mille kilomètres, personne ne pense à moi le soir en s'endormant. Et je pleure quand je reçois une lettre d'invitation à la Collation des Grades.

La Collation des Grades, c'est cette journée si typiquement américaine durant laquelle les étudiants finissants, vêtus de la toge, de l'épitoge et du mortier, se voient remettre solennellement leur diplôme. J'ai toujours trouvé ça kitsch, très Beverly Hills 90210. Cependant, je m'étais promis d'y participer à la fin de mes études, pour avoir moi aussi, un jour, cachée au fond d'un tiroir, cette photographie d'une femme jeune et souriante, lançant son mortier dans les airs! J'en avais rêvé. Il y aurait eu Ex, admiratif. Lui qui avait sû me convaincre de reprendre mes études. Il y aurait eu mes parents. Mon père, très fier, muet, au bord des larmes. Ma mère, bavarde comme une pie, appuyant frénétiquement sur les boutons de l'appareil photo. Ma belle-soeur, habillée comme une pute, mais qu'on ne peut s'empêcher d'aimer. Ma belle-mère et mon beau-père. Ils auraient tous été là. Prenant photo sur photo, buvant du vin rouge sur la terrasse de l'Oratoire. Et le soir, nous aurions tous été ensemble au restaurant.

En ce moment, la lettre d'invitation de l'Université est posée sur mes genoux. Je me demande si tout cela a encore du sens. Quelque chose en moi me dit d'y aller. Que c'est une occasion qui ne se représentera plus. Que si je veux cette photographie si terriblement quétaine, c'est ma dernière chance. Mais quelque chose d'autre en moi se demande qui tiendra l'appareil photo ce jour-là...
Par Miss Gaby - Publié dans : Fourre-tout inclassable - Communauté : Célibataires en chemin...
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''La terre tourne et cet endroit qui t'apparaît comme une fin pourrait bien aussi être un début''.

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