Mercredi 9 décembre 2009 3 09 /12 /Déc /2009 23:57

Chère Kiki,

Enfin je prends quelques minutes pour t'écrire. Depuis lundi, la semaine a été plutôt rock n'roll, comme tu te plais souvent à dire. C'est bien que tu sois venue à mon enterrement. J'aurais quand même préféré que tu sois là pour me tenir la main quand je suis partie. Ce matin-là, il n'y avait que la petite infirmière, la brune, j'ai oublié son prénom. Sonia, je crois. Si tu la vois, tu la remercieras de ma part; j'ai eu peur au moment de partir, heureusement elle était là. Quant à toi, merci d'avoir tenu la main d'Alice pendant le service. Ma soeur a toujours été fragile. J'étais d'ailleurs étonnée qu'elle se soit déplacée depuis Toulon. As-tu noté qu'elle m'a embrassée, avant qu'ils ne referment le cercueil? Franchement, j'ai été déçue que tu ne le fasses pas. Ceci dit, je te comprends: j'étais loin d'être à mon meilleur ce jour-là!

Mais assez avec les reproches, je sais que ce n'est pas ce que tu veux entendre. Toi, tu veux savoir la suite. Je l'ai entendu aux trémolos dans ta voix, quand tu lisais ton poème. Tu avais bien choisi ton texte: ''Tu retrouves maintenant ceux que tu as aimés, certains sont partis déjà depuis bien longtemps. Nous ne les connaissions pas, mais tu en parlais. Maintenant, tu les vois.'' Alors oui, tu as raison: j'ai retrouvé Alfred! Rends toi compte: soixante ans que je ne l'avais vu...! Quand ils m'ont descendue dans le caveau, j'ai tout de suite reconnu le cercueil d'acier dans lequel l'armée a rapporté son corps, ce jour d'août 1949. Il est toujours aussi beau, si tu savais...! Il porte encore l'uniforme dont il était si fier. Et son alliance. Et moi aussi, je suis belle! Rien à voir avec ce pauvre corps décati que vous avez enterré. Mes cheveux sont à nouveau bruns, bouclés, et remontés sur mon cou, et mes lèvres sont bien rouges. Au passage, tu remercieras ta mère d'avoir retouché mon maquillage avant l'exposition. Et sais-tu? Je peux à nouveau porter des talons hauts!

Chaque jour depuis que je vous ai quittés, je suis aux côtés d'Alfred. Je veux dire: vraiment à ses côtés, pas seulement en pensée. Et dans ses bras, je me rends compte à quel point ces années loin de lui ont été vides. Partir si tôt (lui), partir si tard (moi), la vie est drôlement faite quand même. Mais il fallait que je prenne soin de ton père: il était si petit à l'époque. Et puis, il y a eu toi. Quand j'y repense, ce que tu as pu me faire bisquer!

Je voulais te dire aussi: je suis désolée de t'avoir fait peur dans la nuit de vendredi. Je ne pouvais pas deviner que ton amie, celle qui tire les cartes, avait aussi ce don de sentir nos présences. Oh, je sais bien que tu n'y crois pas, toi la scientifique... Pourtant, sur le moment, tu avais la chair de poule. Et c'est exactement ce qu'elle a dit: la chouette et la grande faucheuse. La protection et la mort. Je t'offre ma protection. De là-haut, c'est plus facile que d'ici-bas. Et toi, tu as un an pour démasquer le roi de coeur. Je n'ai pas pu m'empêcher de tirer déjà quelques ficelles, comme tu le sais sans doute!

Je dois te quitter, ma chère Kiki. Il fait beau, le vent est tombé, et Alfred et moi pensions aller nous promener. Nous n'aurons jamais assez de temps pour rattrapper le temps perdu! Tu sais que d'ici, du Trabuquet, la vue est magnifique? C'est toute la baie de Garavan qui s'étale sous nos yeux. Même depuis l'appartement de la place du Cap, la vue n'était pas aussi belle! Tu prendras bien soin de Guy, et de ta mère aussi. Évidemment, je n'espère pas te revoir bientôt, mais parle moi de temps en temps, j'aime entendre ton doux babillage.

Je t'embrasse, ma chère Kiki. Prends bien soin de toi.

Lily.


garavan.jpg





















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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 22:01


Quand on pense à ton grand âge,

c'est bien naturel que tu sois partie.

Nous nous y attendions : il y avait si longtemps que tu souffrais,

que tu t'affaiblissais,

et que tu nous disais: "mon heure approche".


Pourtant nous souffrons, car ceux qu'on aime n'ont pas d'âge.

On les aime, c'est tout.

 

Tu retrouves maintenant ceux que tu as aimés.

Certains sont partis déjà depuis bien longtemps.

Nous ne les connaissions pas mais tu nous en parlais.

Maintenant tu les vois.

 

Pour toi, le Christ, la Vierge Marie et tous les saints vont accourir.

Ils te prennent par la main pour te mener au Père.


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Lundi 23 novembre 2009 1 23 /11 /Nov /2009 04:24

A. samedi soir:  ''Mmmm... Tu as un look post coïtal ce soir''. Il y a des choses dont je ne m'ennuie décidément pas.


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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 00:33

Elle fait du café et y ajoute du lait aromatisé aux noisettes parce qu'elle sait que j'aime ça.

Elle me fait rire quand je suis triste.
- Tu pareces triste.
- Estoy triste.
- Por tu raton?

[Regard incrédule, puis éclat de rire]:
- Si: el  gran raton negro.

Elle relativise:
- Hay siempre mejor despues!
Je fais la moue.

Elle s'essaye:
- Sabes qué mi hijo tiene 26 anos?

Elle me serre dans ses bras quand je pars.

Pour 15$/h, Josephina fait tout ça. Et en plus, elle m'apprend l'espagnol.


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Jeudi 12 novembre 2009 4 12 /11 /Nov /2009 00:57
Ce matin, Julie a texté un nouveau ''mimi bisou coucou'', alors que Carole a appelé à plusieurs reprises. Pendant tout ce temps, comme vous vous en doutez, je me bidonnais (je sais: c'est moi qui ai fait une leçon sur le respect de la vie privée à mes parents, mais là, c'est pas pareil; il s'agit d'un homo erectus qui me cruise ouvertement et que je suspectais déjà de crétinisme).

C'est alors que mon propre cellulaire a sonné:
- Salut Gabrielle! C'est moi...
- ...
- J'espère que tu as bien dormi!
- ... [en baillant aux corneilles].
- Je me demandais si tu n'avais pas trouvé mon cellulaire dans ta voiture par hasard? Je l'ai perdu hier soir.
- Ton cellulaire? Noooooooon, nooooooon, je n'ai rien retrouvé. Pourquoi? [ah le gros mensonge!].
- Dis moi, je suis garé dans ton coin. Est-ce que tu pourrais aller vérifier si mon cellulaire n'est pas dans ta voiture? Je serai devant l'Église, je t'attends. [Devant l'Église??? mais tu vas brûler mon pauvre!!!!].
- D'accord. J'arrive dans 10 minutes [que faire d'autre?].

Dix minutes plus tard, je remets le cellulaire à son propriétaire, heureux comme un pape (un peu mieux et il en frétillerait la queue, le bougre).
- Tu ne peux pas savoir comme je te remercie Gaby!
- Ah... de rien. Tout le plaisir est pour moi voyons.
Sortant un sac de sa voiture:
-Je t'ai apporté des croissants. Et des fleurs.
- ...?

- Ben oui: pour te remercier. J'ai vraiment passé une merveilleuse soirée avec toi!
- Ah ben... merci alors!
- Tu ne m'invites pas à monter? On pourrait déjeuner ensemble? J'ai pris quatre croissants.
- Ah, heu... non. C'est que je suis invitée à bruncher avec des amies. Tu ne m'en veux pas j'espère?
[encore un gros mensonge...].
- Ah... ben, non. Non non. Alors on se revoit bientôt?
- Bien sûr! On se revoit à l'entraînement. Et encore merci pour les croissants!
que je lui lance en m'en allant.

Il est reparti la queue entre les jambes. Et moi, j'ai eu un petit déjeuner délicieux, croustillant à souhait! Pur beurre, s'il vous plaît! Je me demande s'il va remarquer que j'ai lu tous ses messages ''non lus''. :-)

PS: je vous laisse avec mon cha cha préféré: boogaloo baby!!!!



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Mercredi 11 novembre 2009 3 11 /11 /Nov /2009 09:48

Visiblement, Françoise Hardy aussi avait rencontré l'Américain. Écoutez plutôt:



Non, je déconne, ce n'est pas gentil. Joshua m'a écrit pour me dire qu'il souffrait terriblement en ce moment, et que par conséquent il ne pouvait ni m'écrire ni m'appeler ni me voir pour m'expliquer pourquoi c'était fini entre nous. Pauvre chouette (en chocolat pâtisserie de Gascogne), il souffre...!

Dans un registre plus léger, j'ai passé la soirée avec mon entraineur de tennis. Un joyeux cocktail de bière et de danse: ''D'habitude, je ne sors jamais avec mes élèves. Je tiens à préserver ma réputation. Mais toi, c'est différent, tu sais! Tu m'as plu dès le premier jour''. Ouai, bien sûr. C'est d'ailleurs pour cela qu'au bout de quatre ans il écorche encore mon prénom... Enfin, passons.

J'ai passé un moment agréable, mais le clou de la soirée a véritablement été le retour à la maison, lorsqu'une sonnerie de cellulaire qui n'était pas la mienne a retenti dans ma voiture. Tiens, l'homo erectus a oublié son cellulaire dans ma voiture! Question: que fait une remarquable exploratrice en ces circontances???

Solution 1: elle récupère le téléphone, l'éteint, le range et se promet d'aller le rapporter au centre de sports le lendemain matin.

Solution 2: elle récupère le téléphone, l'allume, lit tous les messages textes, rit comme une baleine et... les relit en riant de plus belle!

Allez , je vous fais partager mon fou rire...

De Julie: mimi bisou coucou [gné?]


De inconnu: Je ne répondrai plus jamais a tes appels. Trouve toi quelqu'une d'autre à niaiser, et oublie les cours de français! [des cours de français??? formidable: il a quand même grandi en France!!!]

De inconnu: Des mecs qui veulent juste baiser comme toi, y'en a plein les rues, je trouverai facilement!

De inconnu: Tu n'as même pas le savoir vivre de répondre à mes appels et tu te permets de m'appeler. Pour qui tu te prends? [bienvenue au club!]

De Julie: Bonne nuit mon chéri et à demain! Bisous partout!

De inconnu: J'ai essayé de t'appeler et ça ne répond pas. :-(   [forcément, il est avec moi!]

De inconnu: Je peux t'aider pour tes cours de français ce soir si tu veux! Appelle moi.

De Julie: Je te mangerais.  [cochonne, va!]

...

Et c'est comme ça tout du long! Franchement, dans ma frustration des homo crétinus, j'appellerais Julie et l'inconnue sur le champs pour leur dire d'oublier cet incompétent. Ceci dit, je me demande ce qu'il y a sur le cellulaire de Josh...


_________________

Pour en savoir davantage sur ces formidables homo erectus et ces remarquables exploratrices, allez chez Mlle Jones!


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Samedi 7 novembre 2009 6 07 /11 /Nov /2009 16:11

''I won't write on my FaceBook wall that Joshua G. is a fucking bastard because it would be pueril but I do think it.''

''I've tried New York salsa but now I'm back to Cuban roots''.

La nuit a été riche en création de statuts Facebook tous plus impubliables les uns que les autres. Forcément, on a toujours un peu de difficulté à s'endormir sereinement lorsqu'on vient de subir une telle humiliation.

***

Petit retour dans le passé.

Samedi dernier, l'Américain et moi, on a été louer un film. Artificial Intelligence, de Spielberg. On a regardé ça en amoureux, collés sur le canapé, en sirotant du Pinot Gris. ''I would like you to come to New York with me for Christmas. Meet my family, meet my son. I want you to be part of my life'' lâche-t-il en plein milieu de film.

Moi, des phrases comme ça, ça me renverse. Son petit Andrew, je l'aime déjà, même si je ne le connais pas. Et ça me fait peur en chien. Je n'ai jamais eu d'enfant, ni même de petit frère ou de petite soeur. Je ne sais pas comment m'y prendre avec un enfant. Si Andrew pleure, je serais du genre à lui décapsuler une bière pour le consoler! Sans compter que je ne connais l'Américain que depuis quelques semaines. Est-il raisonnable de me présenter si tôt à son fils? Est-ce que notre relation est suffisamment solide? Et si ça foire, quel sera l'impact sur son petit garçon?

- I would really like it. But I'm afraid. What if your son doesn't like me?
- He will like you. 'Cuz I like you. I want you in my life.

Rassurée, je me blottis contre lui. Au même instant, Monica termine son ''impringment protocol''. Et moi, toute romantique, je pense: ''Moi aussi Josh, lorsque le moment sera venu, je te dirai ces mots: cirrus... socrates.... particle... decibel... hurricane... dolphin... tulip... Gabrielle... Joshua. Et je les dirai aussi à Andrew. Ça sera ma déclaration d'amour pour toi, et le sauras.''

***

Avec A., je pensais sérieusement avoir décroché le plus glorieux de mes trophées. C'était sans compter sur l'Américain. Lundi, pas de nouvelle. Mardi, pas de nouvelle (étrange, lui qui me texte habituellement dix fois par jour!). Je me fends d'un coup de téléphone: pas de réponse. Mercredi, je deviens de plus en plus stupide inquiète. Que se passe-t-il? Où est-il? Nouvel appel: ''I'm worrying about you, call me''. Jeudi, aucun signe de vie. C'est désormais très clair: il a du se faire bouffer par un écureuil ou avoir un accident de chaussons de danse. J'enrage. Pour ''ventiler'', je décide d'aller danser. Talons hauts et petites larmes au coin des yeux (faudrait tout de même pas que ça devienne une habitude).

Je vais vous dire, ça ''ventile'' pas fort, quand vous vous retrouvez face au porté disparu, sapé comme un pape, souriant et en grande forme! Je m'avance vers lui. Il me regarde, incrédule. Il semblerait que moi aussi j'ai des airs de fantôme ce soir. Sans doute un restant de l'Halloween. ''Where have you been?! I've been worrying about you!'', je lui dis. Il sourit froidement, amusé, et se détourne.

***

Well done, Gabrielle. Tu viens de te faire humilier publiquement, et ça fesse. Encore une plaie à panser, et c'est bien fait pour ta gueule.

J'aurais du faire confiance à mes premières intuitions. Tous les red flags étaient là: ce type s'engageait beaucoup trop vite pour être sincère. J'en ai pleuré une shot, et c'est pas les trois pauvres statuts FaceBook inventés au milieu de la nuit qui vont me consoler.  Un jour, il faudra vraiment que j'arrête d'être naïve. En attendant, je vais aller chercher la boîte à fuckés.

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Dimanche 1 novembre 2009 7 01 /11 /Nov /2009 00:58

Je vais revenir momentanément sur les 6 semaines que mes parents ont passé chez moi.

Je n'ai jamais eu de très bonnes relations avec mes parents. Mon père était policier. Ma mère, peu importe son métier, était issue d'une famille d'immigrants. Une de ces familles qui a dû travailler fort pour faire sa place, dans laquelle l'orgueil et la fierté ont empiété sur le ressenti. J'ai grandi dans un cadre rigide. Il fallait exceller à l'école, être toujours la meilleure, ne pas faire d'erreur. Ne pas parler de sa vie. Ne pas parler à table (encore moins pendant le journal de 20h). Ne pas se plaindre, ne pas rire, ne pas pleurer, ne pas démontrer d'affection. Être poli en tout temps. Être sage. Être linéaire. Avec les années, je suis devenu un parfait bibelot. Je m'intégrais bien à l'école, car j'étais un bibelot-caméléon. Je n'avais pas de couleur: je me fondais dans tous les groupes, en toute discrétion. Je n'avais pas le droit d'inviter d'amis à la maison, sauf parfois mon amie Marie. C'était suffisant: les amis, ça donne du souci. D'ailleurs, mes parents non plus n'invitaient pas d'amis. Ou alors, des amis très ciblés, pour un dîner le samedi soir. Ma mère faisait du gigot d'agneau, avec des haricots verts et des flageolets. Mon père sortait du champagne au dessert: mes parents ont toujours reçu leurs invités avec classe.

Quand je regarde des photos de moi à cette époque, je me trouve plutôt jolie. Pas belle, mais jolie. Adorable à regarder. Souriante. Pourtant, ma mère n'avait de cesse de me répéter que j'avais des grosses fesses, que j'avais des grandes oreilles, que je me tenais mal, que ma démarche n'étais pas élégante. Pendant longtemps, à cause de mes ''grosses fesses'', j'ai refusé de mettre de la crème hydratante: j'avais peur que le gras de la crème ne pénètre dans mon corps et ne me fasse grossir encore plus. Ma peau est devenue tellement sèche que j'ai développé un eczéma, précisément sur les fesses. J'aurais voulu faire de la danse, du modern jazz, mais mon père ne voulait pas: la propriétaire de l'école de danse se droguait, disait-il. Mes parents m'ont donc inscrite à un cours de gymnastique. J'ai sû que je détesterais ça le premier jour, lorsqu'une fille s'est ouvert la tête en tombant de la poutre.

À l'adolescence, il paraît que dans ces situations certains se rebellent. Moi, j'avais choisi de ne rien faire. Ou plutôt, de faire ce que mes parents attendaient de moi. D'obéir, finalement. De me conformer. Je me suis réfugiée dans le travail scolaire. Encore là, j'étais obéissante. Je voulais apprendre l'espagnol. Ma mère en a décidé autrement: j'apprendrais l'allemand. J'avais choisi de ne pas étudier le latin: un seul mot d'elle  à suffi à me plier aux versions et aux thèmes pendant plusieurs années. Ancilla in domo est.

J'ai obéi sans broncher. J'avais développé des facultés de suradaptation, finissant même par aimer ce qu'on me forçait à faire. Je voulais devenir professeur de littérature ou journaliste, je suis devenue ingénieure. Gabrielle ingénieure, ça scierait le beau-frère, dont aucun des deux garçons n'avait réussi à intégrer une école d'ingénieurs! Je suis devenue une bonne ingénieure, finissant 30ème sur une promotion de 700 étudiants. Je me souviens peu de ces cinq années, sinon que je travaillais avec acharnanement tous les jours, incluant les week-ends et les vacances. Quand j'en parle à ma mère et que je lui explique à quel point j'ai détesté ces années, elle me dit que j'étais majeure à l'époque, que j'avais le droit de décider de faire autre chose. C'est aussi ce que j'ai cru pendant longtemps, jusqu'à ce qu'un psychologue me dise qu'on ne peut pas prendre de décision lorsqu'on n'a jamais appris à faire ses propres choix.

Avec mon couple, je n'ai pas fait mieux. Mes parents ont détesté Ex à la première minute où ils l'ont vu. Et moi, j'étais encore sous leur contrôle, incapable de leur tenir tête et de leur dire fermement qu'Ex était l'homme que j'avais choisi pour partager ma vie. Heureusement, j'avais mis huit mille kilomètres entre eux et moi: ça atténuait l'emprise qu'ils avaient sur moi. Avec huit mille kilomètres et dix ans de séparation, j'ai fini par perdre le contact. Au bout de dix ans, nos rapports sont devenus téléphoniques, anodins, sans contenu. Je n'avais rien à leur dire. Pis encore: je ne voulais plus rien leur dire. Lorsqu'Ex est parti, j'ai mis 2 mois avant de le leur annoncer.

Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous raconte tout ça? Simplement parce que l'épisode de l'ordinateur a -enfin!- déclenché une vraie colère en moi (une colère saine, comme dirait Ségo...). Pour la première fois de ma vie, je me suis levée et j'ai confronté mes parents. Je leur ai tenu tête, fermement, jusqu'à ce qu'ils avouent leur erreur. Moi, leur fille, je leur ai donné une leçon de respect de la vie privée. J'ai eu droit aux cris de ma mère, aux larmes, aux menaces, aux reproches. J'ai répondu aux attaques calmement, sans stress, mais avec fermeté. Pour la première fois, je me suis comportée avec mes parents comme une adulte responsable et non plus comme une enfant contrôlée. J'ai quitté le rôle de Petite Fille Modèle que j'avais si docilement endossé pendant trente années. Je me suis libérée.

L'orage passé, cet épisode a donné lieu à deux très belles discussions. Nous avons parlé de qui nous étions, de ce que nous aimions, de nos valeurs. C'était la première fois que nous abordions de tels sujets. Eux-mêmes, qui ne se parlent jamais, semblaient surpris de se dévoiler autant. C'étaient en fin de compte nos premières discussions familiales. Ça semblera fou à certains, mais dans une famille aussi sclérosée que la mienne, c'est pourtant la vérité!

Une dernière anecdote: à six ans, je suis partie en classe de neige pendant deux semaines avec l'école. Chaque jour, mes amies recevaient des cartes postales de leurs parents. Marie en recevait parfois deux par jour. Moi, pendant deux semaines, j'ai attendu le facteur, mais il n'a jamais rien eu pour moi (''Il fallait que tu apprennes à être grande'', m'ont un jour expliqué mes parents à ce sujet). Cette semaine, j'ai reçu un courriel de leur part. Ça finissait par: ''on t'aime et on t'embrasse''. J'ai pleuré: la carte postale de ma classe de neige arrivait enfin avec vingt cinq ans de retard! C'est la première fois que mes parents écrivent qu'ils m'aiment. Quelque part, je me sens naître. Enfin!

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Samedi 24 octobre 2009 6 24 /10 /Oct /2009 18:15

U-nicks parlait hier du Crazy Horse. J'ai été au spectacle du Crazy à Las Vegas l'an dernier, au cours de mon road-trip Nevada-Arizona-Utah. J'avais acheté 2 billets discount sur Expedia: un pour moi, un pour Éric. Éric est un gros grand homme, fort, intellectuel. De la race de ceux qui pourraient être séduisants s'ils le désiraient. Mais Éric préfère avoir l'air le plus laid possible: du vieux pull de laine aux lunettes cul-de-bocaux, Éric veut qu'on l'aime pour sa beauté intérieure. Pas facile. ''Moi des filles à poil avec toutes les mêmes mensurations qui se dandinent sur une scène, ça m'excite pas!'', maugréait-il dans la chambre d'hôtel ce soir-là, tout en enfilant un costume adapté au code vestimentaire de la place.  Je n'ai pas répondu.

Le cabaret du Crazy Horse à Las Vegas m'a semblé petit (je n'ai jamais vu celui de Paris!), mais accueillant. Ambiance vieux théâtre. Une scène et des rideaux rouges, des tables alignées en colonne devant le plancher de danse. Nous avons commandé du champagne et la revue a commencé.

Comme je l'expliquais à U-Nicks, je n'ai pas vraiment accroché sur la revue du Crazy Horse. Une succession de saynettes érotiques, évoquant toutes la beauté de la femme, mais pas vraiment liées entre elles par un fil directeur. Par contre, il y a un numéro que j'ai aimé plus que les autres. Sans doute à cause de cette chanson écrite par Jacques Merali et Alain Bernardin: ''You turn me on''. [Ici, bas de la page, premier vidéo!].

''Je voulais pas venir, mais j'avoue que pendant ce numéro, j'ai arrêté de respirer'', me confiera Éric le soir-même, en sortant du cabaret.


Et pourquoi je vous dis tout ça? Parce que cette nuit, j'ai eu soudainement très envie de dire à l'Américain (reconnaissance du ventre): you turn me on, you turn me on, you take a look into my eyes and I am gone...

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Vendredi 23 octobre 2009 5 23 /10 /Oct /2009 06:35

Si on vous demande qui je suis:
Je suis le genre de personne à bercer sur ses genoux le petit corps sans vie d'un rat. À l'emmitoufler dans un linge et à lui confectionner un cercueil avec une boîte en carton. À lui écrire une lettre et à l'insérer dans la boîte avant de la refermer. À sortir pour enterrer la boîte dans un parc en plein milieu de la nuit.
C'est exactement le genre de personne que je suis.

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