Samedi matin:
J'ai été au cinéma avec Simon hier soir. On a été voir Harry Potter. Simon est très entreprenant: Harry n'était pas
encore arrivé à Poudlard qu'on se frenchait déjà comme deux ados. Note pour plus tard: quand on passe sa soirée à rouler des galoches à un type mal rasé, on a forcément des boutons sur le menton
le lendemain. Comment ai-je pu oublier ça?! Simon a dit qu'il me rappellerait à mon retour de vacances. Je ne sais pas trop si j'ai envie de le revoir, mais pourquoi pas... Ça fait du bien, se
sentir désirée par un gars! Pas comme Martin l'Asexué. Zut, il faudrait vraiment que je fasse ma valise.
Samedi après-midi (en expédition archéologique dans l'appartement):
Je ne trouve pas mon tuba. Câlisse.
Samedi soir:
Eurêka!!! Je sais où est mon tuba: je l'ai oublié sur la plage à Holguin l'année dernière! Shit. Je ferai de l'apnée, pas
plus grave que ça. Ou j'en achèterai un sur place! Entre nous, j'espère que j'aurai plus le coeur à la fête que l'an passé. Si j'ai le malheur d'avoir ne serait-ce qu'une pensée pour un morceau
quelconque de la brochette de crétins que j'ai endurée pendant l'année, je me fous une claque! C'est les vacances, merde. Je veux juste fucking enjoyer la plage et l'open bar!
***
Dimanche, 4h du matin:
Ça y est. Estoy lista por vacaciones!!! Juste prendre mon sac et.... rhaaaaaaaaaaaah!!!!!!!!! Qu'est-ce que c'est que
cette horreur??? C'est blanc, soyeux, il y a des petits trucs qui remuent à l'intérieur et... oh my god!!! un nid d'araignées!!!
Dimanche, 4h15 du matin:
Inconvénient numéro 1 d'être célibataire: je dois me défendre contre les insectes toute seule. Personne pour faire
courageusement rempart de son corps contre ces satanées bestioles! C'est pas de ma faute: j'ai peur de tout ce qui a plus de quatre pattes. Entre nous, je me sens quasiment plus à l'aise
d'affronter un tigre du Bengale qu'une araignée ou une coquerelle. Y'a des filles célibataires dans la salle? Vous faites comment, vous?
Dimanche soir (sur un transat, au bord de la piscine):
Mmmmmmm.... In mojito veritas.
***
Lundi matin (en faisant la planche dans l'eau):
C'est fou comme le soleil, la plage et les mojitos peuvent dissiper les petits soucis du quotidien. Ici, la vie parait
bien plus douce... Il faudrait que je dresse une liste des 'choses-pas-importantes-de-la-vie'. Allez, je me lance:
Liste des choses pas importantes:
- Ne pas avoir de tuba.
- Ne pas avoir couché avec Martin. (C'est qui ça, déjà, Martin?).
- L'odeur dégueulasse du buffet. (Ce qui est important, c'est la plage et le soleil, pas vrai? Pas la
bouffe?).
- La cellulite sur mes cuisses. (Tout le monde en a).
- Les moustiques. Parce que bon, il y en a quelques uns. C'est normal: il fait chaud et humide. C'est quand même pas la
fin du monde, non?
Tiens, je vais allez m'escarrer sous le parasol. Je vais demander à Sarah si elle n'a pas envie d'aller nous chercher des
pina coladas.
Lundi, 18h:
Cet après-midi, Sarah a rencontré un psychiatre du nom de Brent. Il a une bonne quarante-cinquaine d'années. Il frise
peut-être même la cinquantaine. Sarah lisait un livre vraiment chouette de Nadine Bismuth. Ça s'appelle: 'Êtes-vous mariée à un psychopathe?'. Un recueil de nouvelles. Attendez, je vous lis le
début de la première nouvelle, c'est fendant:
Nous sommes partout. Au bureau, à l’épicerie, dans l’ascenseur, sur les ponts,
dans nos voitures, dans le métro, sur nos balcons, à vélo, à la banque, à l’aéroport. Que nous soyons diplômées, autodidactes, brunes, rousses, minces, grosses, bijoutières, fonctionnaires,
avocates ou animatrices à la radio, ça ne change rien à l’affaire : nous sommes célibataires.
Déesses, nous rendions les dieux de l’Olympe complètement fous ; sirènes, nous faisions perdre le nord aux héros de la mer. Mais ça s’est détraqué : nous sommes devenues des vierges, des
sorcières, des nonnes, des courtisanes, des gouvernantes, des tuberculeuses, des filles mères et des vieilles filles à chats. Aujourd’hui, nous inspirons des romans à l’eau de rose et d’autres à
saveur comique (haha), des films aux décors urbains, des séries télé diffusées à heure de grande écoute, des ouvrages de croissance personnelle, des blogues, des noms de martinis, mais par-dessus
tout, nous inspirons de la pitié : nous sommes douces et gentilles, ma foi souvent même jolies, nous sommes drôles et intelligentes, alors, bon sang, qu’est-ce qui cloche ? Pourquoi sommes-nous
seules ? Si vous trouvez la réponse, de grâce, dites-le-nous, car notre psy commence à nous coûter cher.
Vous vous reconnaissez? Pas pire hein? Moi en tous cas, je me suis complètement reconnue dans cette description. Sauf
pour le chat (je suis allergique). Bon, donc, Sarah lisait son livre et a demandé à Brent ce que c'était, un schizophrène. Brent lui a expliqué grosso modo que c'était quelqu'un qui avait des
hallucinations. Par exemple, quelqu'un qui peut 'voir' un dragon dans sa tête et être persuadé qu'il y a effectivement un dragon devant lui. (Et en ce sens, je conçois tout à fait que ce soit
problématique, car même si un dragon n'a que quatre pattes, je suis sûre que j'aurais un peu peur si j'en voyais un devant moi). Sarah avait vraiment l'air d'avoir un kick sur Brent, alors j'ai
fini par les laisser tous les deux. Brent m'a demandé pourquoi je partais: ''I'm just going to grab a cocktail for my dragon which is waiting for me in the room!'', que je lui ai dit en
riant.
Au bar, j'ai commandé deux mojitos: un pour moi, un pour mon dragon.
Lundi, minuit:
Ha! J'ai passé la soirée à danser dans la rue avec des Cubains de vingt-cinq ans tout au plus! Maudit que ça fait du bien
de se défouler les pattes! Évidemment, les Cubains dansent 'cubain' (A. dirait qu'ils ne savent pas danser, mais on sait bien qu'A. a une ouverture d'esprit de la taille d'un trou de souris).
Pour moi qui danse 'porto-ricain', la salsa 'cubaine' est parfois un peu compliquée. Heureusement, les 'passes' cubaines sont plus faciles que les porto-ricaines. Et puis, Oscar tapotait le
rythme dans ma main tout en dansant avec moi, ce qui me facilitait la tâche! Il est mignon ce petit Oscar. Je me demande bien quel âge il peut avoir. J'ai rendez-vous avec lui demain soir à dix
heures. Hi hi... En passant, ces moustiques sont vraiment voraces. Déjà quatre piqûres.
***
Mardi après-midi:
Sarah était en train de dire qu'il était hors de question qu'elle prononce une fois les mots:
travail-économie-élèves-cours pendant le reste de la semaine (Sarah est prof d'économie au cegep). Que je pouvais la pincer pour un seul de ces mots. À ce moment précis, une fille brune en bikini
est venue se planter devant elle et a déclamé: ''Madame!!! On vous a vu jouer au freesbe! Vous êtes en vacances ici vous aussi?''. Sarah est devenue verte, puis rouge. S'en est suivie
une conversation mielleuse avec la fille au bikini. Lorsque celle-ci s'est éloignée, Sarah s'est tournée vers moi: ''Je la connais du travail. C'est une de mes élèves de mon cours
d'économie''. Je l'ai pincée 4 fois.
Mardi soir:
Sarah est malade (abus de pina colada). Je vais rester avec elle à l'hôtel, d'autant plus que demain nous nous levons tôt
pour visiter La Havane. Je vais rater mon rendez-vous avec Oscar. Tant pis. Je déteste les moustiques. Je ne sais pas à quoi le bon dieu pensait quand il les a créés. Question existencielle:
quand un moustique se pose sur moi, il me pique. Est-ce que les moustiques piquent les murs, quand ils se posent sur un mur?
***
Mercredi:
La Havane a dû être une ville magnifique, un jour. Ici, à Cuba, c'est simple: c'est beau, mais tout tombe en ruine. Y'a
juste les vieilles américaines qu'on retape avec coeur. J'ai vu plein d'endroits dont L. m'avait parlés: le Malecon, où il allait se baigner quand il était petit. La place de la Révolution. La
Bodeguia del Medio, le café où Hemingway buvait des mojitos. Le Capitolio. Dans un marché de la vieille Havane, j'ai acheté un petit souvenir pour L. Pourquoi je ne suis pas restée avec ce gars,
d'ailleurs? Ah oui: parce qu'il était 'trop gentil' et qu'il 's'attachait trop vite'. (Estie de niaiseuse.) Le soir, nous avons été au Cabaret Tropicana (sur une suggestion de Mark Darcy!).
Excellent spectacle sur des airs de salsa, cha-cha, rumba, samba, son et bossa nova. À la sortie du cabaret, un Québécois moyen braille: ''Bah... Ça vaut pas le Cirque du Soleil!''. Évidemment:
c'est une revue de danse, pas un cirque. Crétin. Sa femme de renchérir: ''Et c'était nettement moins bien que le Moulin Rouge''. Crétine: on est à La Havane, pas à Paris. Y'a une différence de
budget... D'ailleurs, j'suis pas sûre qu'au Moulin Rouge t'aurais eu deux Ron Collins, une coupe de champagne, une bouteille de rhum et un spectacle de deux heures pour 45 pesos...
tsé...
Scusez. J'aime pas les Québécois moyens. Ni les Français moyens. Ni les gens moyens, en fait.
***
Jeudi après-midi:
Sarah évite Brent depuis qu'il lui a dit textuellement: ''I'm here for two weeks. I just want to be drunk and to get
laid''. Elle dit que de toutes façons, il est trop vieux, et qu'avec l'alcool, il doit bander mou. Anyways, elle a rencontré un gars de Toronto. Ving-cinq ans. Il s'appelle Léo. ''Il
doit encore bander dur, lui, à son âge'', assène-t-elle.
Le midi, nous n'allons plus au buffet principal, mais dans un autre restaurant situé sur la plage. Il y a un serveur
plutôt mignon, mais il a l'air vraiment jeune. Il est grand, mince, châtain, la peau claire mais dorée (comprenez juste que c'est un blanc bronzé, pas un métisse ni un noir!), avec de très beaux
yeux noisette. Il m'a regardée. Je lui ai souri béatement en mangeant une croquette de poulet et de patates. Une Fidel-Croquette, que j'ai baptisé ça. La version cubaine de la Mac Croquette.
Bref. Il m'a souri en retour, est venu me voir et m'a demandé si je voulais de la limonade. J'étais sur le point d'acquiescer quand Sarah est arrivée avec deux grands verres de limonade.
:(
Jeudi soir:
Sarah est plutôt énervée. Elle a vu son étudiante et Léo s'embrasser à pleine bouche dans la piscine de l'hôtel. Du coup,
elle a proposé à Brent de nous accompagner à la Calle 62, un bar du village où se produisent des bands cubains. Brent a refusé, ce qui a rendu Sarah encore plus furieuse. Oscar n'était pas là ce
soir. Dommage. J'ai dansé toute la soirée dans la rue avec les gars. Il y a un certain Fabio qui veut me marier. J'aime Cuba: c'est le seul endroit de la planète où des hommes veulent
m'épouser.
***
Vendredi soir:
Maudits moustiques! J'ai la peau ravagée! Il y en a un qui m'a piquée sur la fesse gauche. Il y est allé de bon coeur, le
bougre! Sept piqûres sur 10 centimètres carrés de peau! Et comme je suis allergique, ça gonfle. Criss, c'est pas de sitôt que j'oserai montrer mes fesses à un mec.
Sarah et moi avons dû fuir le bar du lobby car nous nous somme faites attaquer par trois Italiens. ''Dai mi baci, dai
mi baci!!!'', qu'il n'arrêtait pas de me seriner, le dénommé Carlo. Un moyen requin, celui-là, tiens. Avez-vous remarqué comme certains
hommes ont des ailerons dans le dos, si on y regarde bien? Me semble qu'il y a des techniques de drague plus appropriées que d'autres. En rampant
derrière les escaliers pour s'éclipser pendant que les Italiens commandaient des cocktails au bar, nous sommes tombées sur le serveur du restaurant (oui, oui!!! le gars des Fidel-Croquettes!). Il
m'a regardée d'un air interrogateur, tandis que je le gratifiais d'un sourire encore plus béat que d'habitude tout en continuant à ramper. Il doit vraiment me prendre pour une folle. Plus tard
dans la soirée, nous avons croisé Brent. Je l'ai laissé seul avec Sarah, prétextant que mon ami imaginaire venait de me texter pour me dire que mon dragon était saoul raide.
***
Samedi matin:
Dieu que les vacances passent vite! C'est déjà le dernier jour... snif. Je viens de nager une heure et demi. J'ai la peau
toute flétrie, et mes épaules commencent à chauffer un peu. Daniel, le gardien de sécurité, s'est proposé pour me crémer. Je lui ai ri au nez: j'ai un spray solaire! Pas besoin de mec pour me
crémer dans le dos! Ha!
Samedi midi:
Sur le coup, Sarah n'a pas compris pour quoi je tenais AB-SO-LU-MENT à dire au revoir à Brent avant son départ. En
réalité, Brent déjeunait dans la section du restaurant dans laquelle travaille mon petit serveur mignon. Ça m'a donc fourni un prétexte pour aller me pavaner en maillot de bain devant lui. Hi hi!
Je l'ai regardé (le serveur, pas Brent!), il m'a regardée, on s'est souri mièvrement, et voilà, c'est fini. Je n'arrive pas à croire que ce soit déjà la fin des vacances et que je ne vais jamais
le revoir (le serveur, pas Brent!).
Samedi, 15h:
''Je voulais aller faire remplir la bouteille d'eau mais c'est ton serveur qui est au bar, vas-y toi!'', lance
Sarah en s'écrasant à l'ombre du parasol. Ni une ni deux: Miss Gaby enfile une jupe, attrape la bouteille d'eau, et se dirige (le plus nonchalamment possible!) vers le bar. Aïe! C'est Evidio qui
me sert! Ce type a le béguin pour moi depuis le début, mais rien à faire, il ne me plaît pas pantoute! Heu... minute! 'Mon' serveur est en train de lui dire un truc en
espagnol...
Samedi, 16h:
Oh my god! Angel, il s'appelle Angel!!! Angel a dit a Evidio de laisser faire, qu'il s'occupait de ma commande. Ensuite,
il m'a dit de le suivre parce que le robinet d'eau potable était situé de l'autre côté du bâtiment. Ensuite, il m'a demandé si j'étais mariée (nooooon! nooooon! complètement
célibataaaaaaire!!!!), et il m'a dit que j'étais belle, qu'il me trouvait magnifique depuis le jour où il m'avait vue dans ma petite robe à fleurs bleues (l'épisode des Fidel-Croquettes!), et
qu'il voulait qu'on se voit. ''What for?'', que je lui demande. ''Just talk''. Mon oeil. J'ai rendez-vous avec lui à 17h, après son service. :)))
Samedi, 18h:
Je suis dans un hôtel tout inclus. Todo incluido, même le sexe. C'est officiel: un Cubain de 21 ans est en train
d'essayer de mettre sa main dans ma culotte!!! D'ailleurs, il a pris ma main droite et l'a plaquée contre quelque chose de beaucoup... mais alors beaucoup plus grand que le truc de A.! Du calme,
Gaby. Ce gamin a 21 ans. C'est légal, mais pas moral. Encore que dans ce pays, j'suis même pas sûre que ça soit légal, se faire peloter par un Cubain. En plus, c'est pas tout ça, mais ces
gars-là, il faut les faire bouillir au moins trois fois avant de s'en servir. Et là, j'ai pas mon matériel! Je remets gentiment sa main à sa place (c'est-à-dire sur ma poitrine) en lui expliquant
que non, ''no sex!'', et nous terminons son heure de pause enlacés dans le sable devant l'océan. ''I love you'', qu'il me dit. Ce n'est pas vrai mais je m'en fous: aujourd'hui,
je vais faire semblant d'y croire.
***
Dimanche soir:
Je suis de retour à Montréal et j'écris tout ça. Hier, j'ai passé la soirée à danser avec Oscar qui m'a même présentée à
sa mère. Il est adorable cet Oscar. Malheureusement, la police a débarqué dans le bar et Oscar et les autres Cubains ont dû prendre la poudre d'escampette. ''Cuidate!'', que je lui ai
dit avant qu'il ne parte.
J'écris tout ça. J'ai passé une semaine très reposante. Très agréable. Légère, insouciante. Sans crétin. J'ai dressé la
liste des choses 'pas importantes' dans ma tête. Va falloir que je la mette au propre et que je l'apprenne par coeur. J'ai peur de retomber dans la monotonie, dans ma mélancolie. Peur que les
choses 'pas importantes' redeviennent importantes. J'aimerais être toujours aussi insouciante que cette semaine.
J'ai appelé Sophie. Elle m'a dit que Simon l'avait textée, qu'il voulait aller voir OSS117 avec elle. En retour, elle lui
a demandé ce qu'il avait pensé d'Harry Potter. J'ai ri. C'est le genre d'ânerie qui DOIT désormais être classé dans la catégorie des choses 'pas importantes'. J'ai ramené du rhum. Je vais
me faire un Cuba Libre et le boire à la santé d'Angel, Oscar, Fabio et tous les autres. Appelez moi Miss Populaire.
Mes pieds à Varadero (pour faire concurrence aux mercredis de Charlotte Moderne!)
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