Ça m'a fait drôle
ce soir de rentrer dans l'appartement, de plus en plus dénudé. Pourtant, c'est moi qui l'ai pressé de venir récupérer ses meubles. Je n'en pouvais plus de vivre depuis 5 semaines dans ses
affaires. Déjà la semaine passée, j'avais fais des tas. Trié ses livres, les miens. Je remarque qu'il a emporté Des fleurs pour Algernon. Il ne l'a jamais lu. Je l'ai lu 3
fois. Il a laissé une note sur la table: ''Je te laisse la télévision temporairement, mais en échange, j'aimerais reprendre Pédro''. Pédro est notre oiseau, un
inséparable. Ex adorait Pédro. Moi, je l'aimais bien, sans plus. Depuis 5 semaines, c'est moi qui m'en occupe. Pédro est très affectueux. D'ailleurs, il se tient sur mon épaule au
moment-même où j'écris ce billet. Je n'ai pas envie de le lui rendre. Je sais que mon comportement est puéril.
Sans ses meubles, l'appartement semble grandir. Je réalise que presque rien n'est à moi. Ni le bureau, ni la table à dîner, ni la commode dans l'entrée. Ni la télévision, ni l'ordinateur. Un
jour, il viendra les reprendre: je ne peux pas lui en vouloir. Je lui ai demandé de me laisser la télévision en guise de garantie: il me doit de l'argent. Une somme qui
me semble conséquente aujourd'hui, mais qui me paraîtra dérisoire dans 10 ans. Il m'écrit qu'il a laissé 1000$ dans ma commode. Qu'il ne peut pas faire mieux pour le moment. Le
reste viendra plus tard. Entre nous, le problème a toujours été financier.
J'ai fait le ménage immédiatement en rentrant. J'ai remis les meubles restants en ordre, accroché aux murs des cadres qu'il n'aimait pas, passé l'aspirateur, arrosé les plantes. Essayé
de faire rentrer toutes mes affaires dans la seule étagère qu'il ait laissé. Je remarque intérieurement que c'est moi qui ai acheté les étagères. Cette
réflexion m'agace: je lui dispute des objets comme une gamine de 4 ans.
Je suis fière de moi: je n'ai pas pleuré ce soir. Pourtant, j'avais redouté cet instant. J'imagine que les larmes viendront plus tard. J'ai booké au mieux toutes mes soirées cette semaine. Je
vois James demain soir. Je n'en ai pas vraiment envie: j'ai juste besoin de bras d'homme dans lesquels me laisser couler. Oui, j'ai booké toutes mes soirées: je ne vois pas
d'autre moyen d'oublier.
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