Lundi 8 février 2010 1 08 /02 /Fév /2010 02:08

J'ai participé hier à l'évènement « Les filles et les sciences : un duo électrisant! » qui se tenait à l'École Polytechnique de Montréal. Cet évènement vise à faire connaître aux adolescentes du secondaire les professions scientifiques et technologiques, et les études qui y mènent, par l'intermédiaire de jeux, d'ateliers, de kiosques, et de rencontres avec des femmes exerçant dans ces domaines.

Selon le site web, l'idée de cet évènement a germé en 1998, tandis que Nathalie Beaudry faisait du recrutement pour le Département de l’exploitation du réseau chez Bell. Responsable d’un programme d’embauche universitaire, elle était censée recruter 50 % de femmes, mais parvenait à peine à dépasser les 25 %. Après avoir constaté que ses amies avaient le même problème, elle leur suggéra de se regrouper pour mettre sur pied une activité à l’intention des adolescentes. C'est ainsi qu'elle et une douzaine de femmes imaginèrent la tenue du Duo avec le soutien de l'École Polytechnique de Montréal, de l'École de Technologie Supérieure et de plusieurs entreprises. « Quand on montre aux adolescentes toutes les avenues possibles, les débouchés pratiques et la portée sociale des carrières scientifiques, d’un seul coup, leur regard change. Tant qu’il n’y aura pas une masse critique de modèles féminins qui réussissent dans ces secteurs, le Duo sera nécessaire. La persévérance, c’est aussi une des grandes qualités qui font que les filles sont excellentes dans les sciences! », affirme Nathalie Beaudry.

Cela fait 5 années maintenant que j'anime des ateliers pour cet évènement. Des journées intenses au cours desquelles il faut littéralement séduire nos adolescentes: leur montrer que les métiers que nous exerçons, traditionnellement réservés aux hommes, peuvent également être exercés par des femmes. Leur faire sentir que nous ne sommes pas toutes des tom-boys: nous nous maquillons, nous portons des jupes, nous sortons danser, mais nous portons aussi parfois des casques et des souliers de sécurité. Pour ma part, j'ai toujours pris du plaisir à cet évènement, car c'est l'occasion de vulgariser et de rendre accessibles nos carrières. Je me dis qu'il est possible que j'inspire un jour une de ces filles.

Mais hier, c'est un peu stressée que j'ai animé mon atelier. En entrant dans la salle, j'ai mentalement dressé le plan des issues de secours les plus proches. J'ai mis mon cellulaire en mode silencieux au fond de ma poche. Pendant toute la durée de l'atelier, j'ai épié les visiteurs qui arpentaient les couloirs. Limite parano la fille. Il faut dire que la semaine précédente, un courriel et un vidéo du service de sécurité avaient été envoyés à la communauté polytechnicienne: ''Mesures d'urgence en cas d'intrusion d'un tireur actif''.

L'École Polytechnique, j'y ai étudié et enseigné pendant 8 ans: on y entre comme dans un moulin, et ce en dépit de la tragédie de 1989. En 2007, j'attribue à l'un de mes étudiants -un homme d'une quarantaine d'années- la note F pour cas de fraude. Cette note l'empêchera de poursuivre ses études. En 2008, alors qu'il n'est plus inscrit à l'école, cet homme s'introduit dans mon bureau, me demandant de lui fournir les corrigés de mon cours. Je garde mon sang froid et parviens à le faire sortir. La sécurité refuse d'intervenir à moins que je ne porte plainte. Mais heu... porter plainte pour quel motif au juste? Délit de sale gueule? Il faudra deux autres visites de l'individu et l'intervention de mon supérieur pour que la sécurité s'active et découvre qu'il a déjà été arrêté pour attouchements sexuels. L'homme est finalement repéré, intercepté et... on lui confisque sa carte d'étudiant! (Merci mon Dieu me voilà amplement rassurée!).

Si je vous dis tout ça, c'est parce que depuis quelques mois, plusieurs admirateurs de Marc Lépine ont recommencé à s'agiter sur internet. Le récent courriel du service de sécurité de l'École Polytechnique porte à penser que cette agitation n'est pas à prendre à la légère. Personnellement, si j'avais été un tireur fou anti-féministe, j'aurais fait un carnage à la journée « Les filles et les sciences »... Pourtant, je n'ai pas vu plus d'agents de sécurité que d'ordinaire. J'ose espérer qu'ils étaient occupés à surveiller activement les lieux par caméra.

***

17h09. Pendant le cocktail destinés aux organisatrices de l'évènement, une bouteille tombe du balcon situé à l'étage supérieur. Nous avons juste le réflexe de nous écarter: la bouteille s'écrase à nos pieds, sur le sol.

***

Après l'épisode de la bouteille, je n'ai pas pu m'empêcher de penser à elles:


Geneviève Bergeron, étudiante en génie civil.

Hélène Colgan, étudiante en génie mécanique.

Nathalie Croteau, étudiante en génie mécanique.

Barbara Daigneault, étudiante en génie mécanique.

Anne-Marie Edward, étudiante en génie chimique.

Maud Haviernick, étudiante en génie des matériaux.

Maryse Laganière, employée au département des finances.

Maryse Leclair, étudiante en génie des matériaux.

Anne-Marie Lemay, étudiante en génie mécanique.

Sonia Pelletier, étudiante en génie mécanique.

Michèle Richard, étudiante en génie des matériaux.

Annie St-Arneault, étudiante en génie mécanique.

Annie Turcotte, étudiante en génie des matériaux.

Barbara Klucznik-Widajewicz, étudiante infirmière.

 

Et encore, c'était juste une bouteille...

 

559px-Mtl dec6 plaque

 

Rendez-vous sur Hellocoton !
Publié dans : Le terrier d'Alice - Communauté : Pour nous les filles
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
Retour à l'accueil

Commentaires

Merci Karen.
Pour tout.
Pour rien.
Pour nous toute.
Commentaire n°1 posté par Emeline le 09/02/2010 à 15h48
:)
Je rougis.
Réponse de Miss Gaby le 10/02/2010 à 19h01
et le rouge te va si bien.
Commentaire n°2 posté par Emeline le 10/02/2010 à 19h05
Et voilà. Il suffisait d'en parler pour que ça arrive. Une enseignante américaine ouvre le feu et tue 3 personnes dans une université en Alabama.
J'en discutais lundi matin avec mon collègue de bureau qui disait que je prenais tout ça bien trop à coeur, que ce genre d'évènement ne se produisait pas si souvent, et que ça ne servait à rien d'augmenter la sécurité dans les écoles.
Moi, un petit portique de surveillance à l'entrée des écoles, comme dans les aéroports, ça ne me dérangerait pas...
Réponse de Miss Gaby le 13/02/2010 à 05h00
Je suis moi aussi une fille de science, j’émerge plutôt du côté de l’École de technologie supérieure… Je suis entrée à cette université dans le temps ou l’obtention d’un diplôme technique était encore obligatoire. Imaginez combien nous [les filles] étions ! J’en ai pas mal bavé au début, disons que j’ai très souvent fait la sourde oreille aux propos absolument ridicules [voir même misogyne] d’une bande de jeunes hommes émanant trop fortement la testostérone et l’hormone non dépensée. Bref, je suis parfaitement en accord avec toi, miss Gaby, ce sujet est beaucoup trop pris à la légère. Je t’admire beaucoup d’offrir de ton temps à essayer de convaincre de jeunes femmes de passer par-dessus tout ça ! Il y a même une fois à la cafétéria où un gars m’a dit que s’il n’avait pas été sélectionné lors des admissions et qu’une femme moins bonne que lui avait été priorisée pour respecter les quotas il aurait probablement eu assez de rage pour réussir à tuer. Moi aussi j’ai peur quand j’entends de pareilles horreurs ! J’aime mon domaine, mais il vient avec ce côté qui me rappelle sans cesse que je n’ai pas le droit d’exclamé ma féminité haute et forte. Personnellement, je crois que les féministes s’acharnent aux mauvaises places.
Commentaire n°3 posté par Frede le 03/03/2010 à 16h18

About me

marieclaire.jpg

Derniers Commentaires

Créer un Blog

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés